Cette semaine culbutons entre les files d'attente et Hugues Aufray !
Bienvenue à vous qui avez accepté de lire cette newsletter aigrie qui ironise tout sans jamais être sûre de vous faire rire. Si vous êtes prêts à vous laisser surprendre par des infos renversées mais toujours vraies, vous apprécierez le reportage en terrain connu, l’horoscope bel et bien vrai et la nécrologie vivante que je vous propose toutes les deux semaines.
Ça alterne comme les créneaux d’un château fort. Le long de la façade de l’agence de la compagnie des transports strasbourgeois (CTS), les têtes sont baissées ou relevées. On attend.
On attend pour renouveler un abonnement, pour des renseignements ou pour un remboursement.
Dans cette agence, personne ne vous attend, mais il n’y a plus d’agence si vous ne venez pas, c’est pourquoi vous faites la queue. Votre demande est égale à une autre : premier arrivé, premier servi.
Celle-ci, je n’avais pas besoin de la faire mais je m’y engage. Une dizaine de personnes sont avec moi dehors, une vingtaine ont déjà eu la chance de pénétrer à l’intérieur. Je croise le regard de deux personnes, les rares qui ne s’effacent pas dans leur téléphone pour tromper l’ennui.
“Je ne sais pas, je regarde un peu ce qu’il se passe, s’il y a du monde qui attend le tram que je vais prendre dans dix minutes, et là je regardais le vélo mais il est reparti”, me confie Etienne. La queue c’est la pause. Un instant privilégié pour devenir spectateur de l’agitation et du mouvement qui grouille tout autour.
Une queue à la française dirons-nous. Une queue où l’on s’efface en attendant de redevenir acteur. Ailleurs, la file d’attente fait parfois événement. Chez nos voisins anglais, c’est toute une tradition. “Un Anglais, même s'il est seul, forme une queue bien ordonnée d'une personne” plaisantait le journaliste et écrivain hongrois, Georges Mikes, dans How to be an Alien (1946).
Et il y a tout juste un an, cette culture de la “Queue” (prononcer [kiou]) faisait, plus que jamais, ses preuves outre-Manche. D’Est en Ouest, la capitale londonienne était traversée par une file d’attente de plusieurs centaines de milliers de personnes venues voir le cercueil de la reine Elizabeth II morte quelques jours plus tôt. Plus qu’une attente, les médias rapportaient à l’époque le besoin des anglais de se retrouver dans la tristesse et le deuil.
Devant la CTS l’ambiance est bien moins collective. Cette après-midi là, les gens sont seuls, et les moments d'interaction se limitent à un regard et un mot au moment d’entrer dans l’agence. Quoique l’expérience soit un peu faussée par ma présence. “C'est vrai que je suis pas la bonne élève pour attendre, je suis un peu le nez dans mon téléphone. Mais vous nous faites lever la tête !”, réalise Pascale. “Je suis venue hier déjà, donc je dois moins regarder à droite à gauche pour comprendre comment marchent les tickets d’attente”.
Un ticket d’attente ? Oui, vous avez bien entendu. Avec mes désormais camarades de file d’attente, nous ne sommes pas embarqués dans une simple queue mais dans une queue de queue. Il faut patienter une quinzaine de minutes pour atteindre le cœur de l’agence, s’inscrire et récupérer un ticket pour se voir attribuer un ordre de passage au guichet. Autrement dit, une fois à l’intérieur, l’ordre garanti par votre position à l’extérieur, devient le travail d’un ordinateur.Et ce n’est pas rare de croiser ces files d’attente en poupées russes. Elles se nichent partout, mais aussi et surtout dans les billetteries en ligne où l’on perd parfois le sens du pourquoi nous patientons. On participe, avec des milliers de gens, à une queue virtuelle pour pouvoir avoir un numéro dans une liste d’attente toute aussi virtuelle. Tout ça pour regarder le concert sur l’écran géant parce qu’on était trop loin dans la file d’attente pour être dans le carré or.
Balance - S’il y en a bien un qui n’est pas une balance, c’est le ministre de la Justice belge, Vincent Van Quickenborne, empêtré dans le “pipigate”. Depuis un mois, il tente de couvrir ses amis qui ont uriné sur une voiture de police lors de sa soirée d’anniversaire, le 14 août dernier. Sur les images de vidéosurveillance qui circulent depuis quelques jours, le ministre apparaît hilare devant le comportement de ses invités.
Poisson - Pas de chance pour les Portugais parmi vous : vous êtes passés à côté d’une soirée bien arrosée. Ce dimanche 10 septembre, plus de 2 millions de litres de vin se sont déversés dans les rues d’un petit village du centre du Portugal, après l’éclatement de deux cuves dans une distillerie. Les pompiers sont parvenus à limiter les dégâts, puisqu’aucune goutte n’a atteint la rivière du village.
Scorpion - Fini l’écoeurant déodorant Scorpio dans la classe de science et vie de la terre du Collège André-Maurois à Menton. Allergique aux substances chimiques qu’il contient, une professeure du collège a interdit les déodorants dans sa classe. Place aux effluves de sueur après le cours de sport du mardi matin.
Taureau - On peut être un taureau de corrida sur un terrain de rugby mais un veau des champs sur un vélo. La preuve avec Andy Ellis, demi-de-mêlé, et Georges Bower, pilier. Tous les deux membres des All Blacks, ils ont été aperçus en train de faire un tour de Lyon avec des vélos de la ville. Dans la montée de la colline de Fourvière, une vidéo montre les deux Néo-Zélandais descendre de leur cycle pour continuer l’ascension.
“C’est un fameux…” C’est vrai que j’aurais pu commencer comme ça. Mais au risque de coller aux vraies nécrologies que préparent déjà Ouest-France et les rubriques Culture de tout un tas de journaux, j’entame ici par la fin. Avant de dépoussiérer le chanteur, voyons à quel point il est empoussiéré.
Ses fans répondront sûrement qu’il ne dégage pas une effluve de naphtaline, que Hugues Aufray traverse encore la France pour chanter Santiano, Adieu monsieur le professeur et Le petit âne gris. De surcroît, l’homme de 94 ans s’est remarié il y a deux semaines à peine.
Si j’espère bien que la mort ne le séparera pas de Muriel, de 45 ans sa cadette, avouez que peu de vivants possèdent une plaque commémorative. “Hugues Aufray, Troubadour Français des Temps modernes, ancien élève de l’Ecole de Sorèze […] habita dans cette maison de 1941 à 1946”, lit-on devant son ancien domicile occitan. Sans oublier qu’il peut se targuer, de son vivant, d’avoir donné son nom à des écoles primaires.
Car oui, bel est bien en vie, Hugues Aufray est un symbole. Souvent pourtant, contre son gré. Santiano, la comptine des cousinades, des fêtes de villages et des Fest-Noz, fait de lui un Breton pour beaucoup de Français. Entre le sud et la région parisienne il n’y a aucune attache si ce n’est son look de vieux loup de mer à la Renaud.
J’ai aussi tenté l’expérience de chercher ses chansons sur Youtube. Me voilà entrée dans le monde aussi angoissant que nostalgique des chants scouts. Et pas besoin d’avoir mangé des chamallows au feu de bois pour reconnaître ces drapeaux scouts ornés de fleurs de lys bien vites associés à la figure du non-Breton qui n’a de scout que la réputation.
Mais ne parlez pas de lys à Hugues Aufray. En 2017, Marianne révèle qu’il s’est fait entourlouper par le Lys noir, un mouvement politique d’extrême-droite, pour se présenter aux élections présidentielles. Le programme ? Un sombre mélange d’idées monarchistes et d’extrême-gauche, qui a convaincu l’artiste contre son gré.
Bravo d’être arrivé jusqu’ici ! Un long chemin de doute et de manque vous attend désormais jusqu’au prochain numéro… dans 13 jours exactement.